Chasse au vol avec des aigles dans la Loire ( février 2012)
Samedi matin : tout le monde se retrouvait au pavillon du Domaine.
Il existe deux types de fauconnerie : celle du haut vol et celle du bas vol.
 
Le bas vol : l'oiseau est légèrement retenu sur le poing du fauconnier, qui se nomme dans ce cas là Autoursier. Au départ du gibier, l'oiseau s'élance à sa poursuite. On utilise pour cela différentes catégories d'aigles, d'autours des palombes, d'éperviers, ainsi que des oiseaux d'origines diverses comme la buse de Harris ou la buse à queue rousse. Ces oiseaux ont en principe des ailes courtes et arrondies, et une queue importante leur permettant de brusques changements de direction. Les proies d'un oiseau de bas vol sont multiples, à plumes et à poil : du chevreuil pour l'aigle royal au passereau pour l'épervier.
 
Le haut vol : se pratique avec des faucons.L'oiseau est habitué à monter à la verticale de son fauconnier et de son chien à l'arrêt. Il fond à très grande vitesse sur sa proie dès qu'elle décolle.  
Les proies d'un oiseau de haut vol sont des proies en vol : en effet, la très grande vitesse de l'attaque et de l'impact rendent extrêmement dangereux la proximité du sol ou d'un obstacle quelconque.
Chasser avec des aigles demande de l'organisation et surtout beaucoup de monde. En effet pas question d'utiliser un chien pour lever le gibier, il risquerait lui même de devenir gibier pour l'aigle. Ce sont donc les hommes qui seront chargés durant ces deux jours de lever le gibier dans les bois, les prairies, les roselières... une activité très physique.
Alors que tout le monde se prépare au départ, voilà que le coq du domaine décide de se mêler à la journée et se promène au milieu des aigles.... il n'aura pas échappé au regard de Yako qui n'aura qu'une idée en tête dans la journée : capturer un poulet....
L'aigle doit être pesé avant chaque chasse afin de vérifier si son poids de vol est correct.
Si il a trop mangé et est trop lourd il n'aura pas envie de se fatiguer à chasser, si il est trop léger il peut manquer de vitalité.
Yalla, l'aigle femelle de Romuald.
Les femelles sont toujours plus grosses que les mâles. Elles peuvent peser de 4 à presque 7 kilos, contre 3 à 4,5 pour les mâles.
Durant toute la journée de samedi, nous avons évolué dans un domaine clos de 50 hectares, alternant prairies et zones boisées. Petit à petit les aigliers sont partis se poster, tandis que les rabatteurs levaient le gibier.
En milieu de matinée, j'ai quitté le groupe pour m'enfoncer seule dans les bois, et soudain j'ai fait une superbe rencontre.
Le peuple kazakh de Mongolie pratique traditionnellement la chasse à l’aide d’un aigle royal et toujours avec des femelles.
Ils jugent les mâles moins agressifs. Ce sont en effet les femelles qui défendent le nid dans la nature.
Plus grosse, la femelle est aussi bien plus lourde à porter sur le poing durant une journée de chasse, il faut avoir une bonne forme physique pour la tenir plusieurs heures ainsi.
Entre deux périodes de traques, l'aigle peut être recouvert d'un chaperon. C'est une sorte de haume en cuir destiné à lui cacher la vue et le garder ainsi au calme.
 
Par contre il faut bien penser à lui enlever le chaperon avant de le lancer sur un gibier .... non, non, personne n'est visé particulièrement !!!!
Yalla s'impatiente de voir enfin un gibier à sa taille, car entre les daims et les sangliers, c'était quand même un peu trop pour elle.
Un bref moment, qui m'a semblée pourtant long, un moment magique ou le daim m'a observée avec beaucoup d'attention.
Ennemi ? Ami ?, il ne savait pas trop quoi penser de moi...
... avant de repartir rejoindre le reste de la harde.
Un peu plus tard, Emilie lachait son aigle sur un petit groupe de daims.
 
Mais le gibier était bien trop gros pour ce jeune aigle.
Tout à l'observation de son aigle, Emilie n'a même pas vu qu'un daim lui passait devant à quelques mètres.
Quelques minutes plus tard, ce sont plusieurs sangliers qui me passaient sous le nez, et sous le bec des aigles. Ils étaient trop gros pour les rapaces.
Un peu de repos aussi pour Emilie.
 
Soit dit en passant je n'avais peut être pas 4 kilos de rapaces sur le bras, mais 2 kilos de matériel photo autour du cou, et 2 fois plus dans le sac à dos....
Heureusement l'heure de reprendre des forces arrivait, je vous passe les photos du repas, mais nous nous sommes tous régalés. La chasse c'est aussi un moment de convivialité entre passionnés.
Une fois le repas terminé, tout le monde repartait, sauf Yako, la femelle aigle de Jean Yves. Perturbée le matin à la vue du coq, elle a préféré dans la matinée lâcher le sanglier qu'elle suivait pour aller faire un tour dans un poulailler....
Yaro, l'aigle de Christian s'est donné à fond, mais à manqué de chance. Un chevreuil l'a repoussé d'une ruade dans la matinée....
Et dans l'après midi, il a fait preuve d'un grand courage en n'ayant aucune hésitation lorsqu'un daim est sorti du bois. Mais Yaro après quelques secondes a été obligé de lâcher prise...
Ce fut un très belle journée, où même si il n'y a eu aucune prise, les aigles ont mené de nombreuses attaques.
Néanmoins il fallait quand même les laisser se reposer. Il leur faut en effet en moyenne 20 mn pour récupérer après une attaque.
Les animaux sauvages sont déjà bien plus compliqués à prendre en photo en pleine nature que ceux des zoos, mais quand on ajoute à celà le fait qu'ils étaient toujours en train de courir et bondir, et que ce week end était aussi pour moi l'occasion de tester sur le terrain le nouvel appareil photo, celà donne malheureusement des photos que j'aurais aimé plus belles. Enfin voilà un diaporama de 7 photos de chevreuils et daims en pleine course.
Le soleil se couchait sur les Monts du Forez, hommes et aigles avaient besoin de repos.
Mais avant de partir il a bien fallu attraper le coq et le mettre à l'abri.
Le lendemain matin, le soleil n'avait pas voulu se lever, à croire que la nuit avait été trop courte.... le ciel était obscurci de nuages, et une petite bruine tombait.
Le temps du petit déjeuner, les aigles étaient mis à l'abri sous un barnum afin d'éviter que leur plumage ne se mouille trop.
Tout le monde était au rendez vous pour cette nouvelle journée de chasse qui se déroulait cette fois sur un territoire immense alternant, bois, prairies, étangs et roselières.
Et ce matin là, pas de coq pour perturber les aigles, ce qui n'empêchait Yaro de faire preuve d'impatience.
Les 4 aigliers avec (de gauche à droite) :  Jean-Yves Thiefine, Romuald De Romans, Emilie Bosson et Christian Peyron  
Assister à une chasse avec des aigles, est un grand privilège. La fauconnerie est un art plus que millénaire inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO le 16 novembre 2010.
Même si la finalité reste celle de toute chasse : le prélèvement d'un gibier, ce type de chasse reste un moment magique où l'aiglier et son rapace forment un couple uni.  
Ils ne sont que 6 en France à pratiquer ce type de fauconnerie au" bas vol" avec des aigles, et pour la 3° année je suis conviée dans la Loire à assister à un week end de chasse. J'en profite pour remercier chaleureusement André qui accueille ces chasses dans son domaine, et où régne une ambiance très conviviale.
Les aigles attendaient sagement le départ.
L'aigle est ensuite équipé d'un petit émetteur qui permet de le retrouver si il venait à trop s'éloigner.
C'est la 1ère saison de chasse pour Emilie avec son jeune aigle, qui n'a pas encore un an. Comme le veut la tradition en fauconnerie, il ne sera baptisé que lors de sa première prise, et pour l'instant même si c'est un oiseau courageux et volontaire, il manque encore un peu d'expérience.
Au Domaine, il était aussi temps pour les oies d'aller se coucher.
Les aigliers étaient tout juste à leur poste, la traque n'avait pas encore commencé que déjà un chevreuil sortait des bois.
Christian préférait attendre avant de lâcher Yaro.
La journée était particulièrement éprouvante pour les traqueurs qui n'ont pas hésité à fouiller les roselières dignes du labyrinthe du Minautore, les pieds dans l'eau ou sur la glace.
Heureusement la glace était solide
Le matin, c'est pas le truc de Romuald....
La matinée s'est déroulée autour et "sur" les étangs, certains asséchés et le paysage était un peu surréaliste.
Il manquait juste quelques rayons de soleil pour éclairer ces teintes jaunes orangées.
Eloïse, a tenu pour la première fois un aigle sur son poing, un peu impressionnée, mais tellement fière de cet honneur qui lui était fait.
Les traqueurs ont fait un superbe travail durant cette journée de dimanche, et nous avons pu observer de nombreux chevreuils ainsi que des lièvres.
Mais la fine pluie du matin alourdissait le plumage des aigles, rendant leur vol plus lourd, et moins efficace.
Diaporama de 8 photos des chevreuils et lièvres observés durant la journée de dimanche
Décidemment, il était dit que ce week end ne serait pas celui d'un tableau de chasse, en fin de journée, traqueurs, aigliers et aigles étaient fatigués....
Un excellent repas très convival attendait tous les participants. Alors que certains dégustaient les desserts, le soleil se couchait dans le ciel Forézien, signe que ce superbe week end prenait fin.
Un grand merci à André de me convier chaque année à ce week end d'exception, et merci aussi aux aigliers de Courzieu et aux autres pour m'accepter dans leur monde.
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Un dernier regard à l'étang qui abrite une belle colonie de foulques et je repartais, crevée, sur les rotules, mais avec des moments intenses dans ma tête qui resteront gravés dans ma mémoire.
Dans cette page, je vais retracer ce week end et vous expliquer un peu comment se pratique la chasse au "bas vol".
Un week end qui a réunit 4 aigliers : Christian et son aigle Yaro, Emilie et son aigle qui n'est pas encore baptisé, Romuald avec son aigle femelle Yalla, et Jean Yves avec lui aussi une femelle Yako. Aurélien, autre aiglier était présent mais sans son oiseau, et il manquait Jean Louis pour que les 6 aigliers soient réunis au complet.
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