Que l’on soit de passage pour quelques jours ou pour quelques heures, une balade dans le Vieux Nice s’impose presque à tout visiteur. Autrefois enclos par les eaux impétueuses d’un fleuve désormais en majeure partie couvert (le Paillon), la Vieille ville de Nice étonne par son chatoiement de façades colorées dont plus d’une centaine, méticuleusement restaurée, offre au passant un bouquet bigarré d’une incroyable diversité.
J’y ai flâné toute une matinée, plan en main, car il y a de quoi se perdre. Voilà d’ailleurs une vue aérienne pour vous donner une idée de la complexité du quartier :
L’exploration du Vieux Nice, se conçoit aussi à travers la visite d’un bon nombre d’intéressants monuments. Bon moi je n’ai pas eu de chance, j’y suis allée le jour des journées du patrimoine et les files d’attentes devant les monuments étaient si longues que je ne m’y suis pas risquée. La preuve voilà la queue devant l’opéra théâtre
Le vieux Nice est délimité par le château, le boulevard Jean-Jaurès et le cours Saleya. Il fut bâti aux 17e et 18e siècles (même si ses origines remontent à plus de 1 000 ans) dans un style architectural simple, qui joue surtout sur la lumière et la couleur. Du jaune au rouge brique, agrémenté de ces fameux volets verts. Ses rues vivantes, ses nombreuses boutiques, ses marchés et son atmosphère populaire évoquent l'Italie.
La rue du Saint Suaire. La rue tire son nom de la chapelle voisine du Saint-Suaire appartenant aux Pénitents rouges ou de la Très Sainte-Trinité, l’une des quatre confréries de Nice plus spécialement composée de pêcheurs à l’origine. :
Un petit regret : que l’on trouve de moins en moins de commerces locaux, au profit des commerces touristiques, et de l’habillement. J’en ai quand même trouvé un très sympathique dans la rue Ste Réparate :
Le quartier dispose d'une climatisation naturelle. Les constructeurs niçois ont en effet tiré parti des mouvements naturels des masses d’air et des vents marins pour climatiser la vieille ville.
En matière de mécanisme météorologique, un principe énonce que lorsque deux lieux proches ont des températures différentes, un déplacement d’air se crée, ce qui va rétablir l’équilibre thermique. Or, en été, les toits sont surchauffés par le soleil. En revanche, quelques mètres plus bas, les ruelles étroites et profondes sont plus fraîches. Quelques degrés de différence suffisent pour mettre en mouvement l’air. Celui-ci est alors aspiré vers le haut et le linge pendu aux fenêtres sèche avec rapidité.
Un peu de linge pendu au 3° étage dans la rue Colonna d'Istria
Partons maintenant dans le vieux Nice, avec pour commencer la rue de la Préfecture. Sous cette appellation contemporaine banale se cache un passé chargé d’histoire lié à la destinée de l’actuel hôtel de la Préfecture, ce qu’il fut dès 1860 après avoir été palais ducal de 1610 à 1714, puis palais royal, puis palais du gouvernement.
Avant de s’appeler rue de la Préfecture, elle s’appela d’abord Grande Rue, puis rue Saleya et plus tard rue du Gouvernement (gouvernou). Lors de la Révolution, elle prit le nom de rue de l’Égalité, rue de la Lumière et devint la rue Impériale sous le Premier Empire.
L’entrée de la Préfecture se trouve place Pierre Gautier. C’est l’ancien palais des ducs de Savoie, connu aussi sous le nom de palais des rois de Sardaigne,il abrite depuis 1860 le siège de la préfecture des Alpes-Maritimes.
Restons dans les « lieux administratifs » avec la mairie, rue de l’hôtel de ville :
D’accord, ce n’est pas un bâtiment exceptionnel au niveau architectural, ce qui rend le lieu exceptionnel c’est qu’il abrite dans sa salle de l’état civil : mon acte de naissance…. et oui, pour ceux qui ne le savait pas : je suis Niçoise
Autres monuments : la cathédrale Ste Réparate qui a été construite entre 1650 et 1699. J’aurais bien aimé la visiter, mais je suis arrivée à l’heure de la messe. Dommage son aménagement intérieur est paraît-il superbe :
Depuis son édification, plusieurs remaniements ont été faits dont la construction d’un campanile entre 1731 et 1757.
La cathédrale se situe sur la place Rosseti. C'est le cœur de la vieille ville touristique. On y trouve des restaurants sur trois cotés. Initialement, un bloc de maisons bouchait la vue de la cathédrale Sainte-Réparate. Le don de cet ilot à la ville par la famille Rossetti permit sa démolition et a ainsi offert la vue actuelle. En échange, la ville octroya le nom de la famille à la nouvelle place.
Sur un côté de la cathédrale : la place Halle aux Herbes. Des documents du 18e siècle parlent d’un marché aux herbes, « mercatum herbarum » qui se tenait près de l’emplacement de la future église Sainte-Réparate (construite postérieurement). À cette époque, comme son nom l’indique, on n’y vendait que des herbes. :
Et un peu plus loin : la ruelle de la Halle aux Herbes :
Un détail de façade rue Mascoïnat. Cette rue dans le quartier de la « Rouaccia » en vieille ville s’appelait au Moyen Âge la rue du Nouveau Puits (Putei novi) et l’on y trouvait des gargotes fréquentées par les gens de mauvaise vie, qui peut-être mangeaient de la mauvaise cuisine. Son nom actuel viendrait de là: « màu couinat ».
Le début de la rue Mascoïnat ( à droite) et celle de la rue Pont Vieux ( à gauche). Pour vivre entre les deux, il faut savoir se faire petit
Tous les noms des rues sont « doublés » en Niçois :
Par contre voilà deux rues dont je ne me rappelle plus le nom :
La place Centrale était dénommée jadis « la Rouacha », ce qui, en niçois, signifie tannée, d’où on peut supposer la présence de tanneries dans ce quartier autrefois; selon certains auteurs, ce terme se dirait encore d’un endroit où l’on rouissait le chanvre.
Vous pouvez remarquer sur le bandeau du restaurant le nom : Socca. La socca est le nom donné à une spécialité culinaire originaire de Ligurie, consommée à Menton et surtout à Nice. C’est un des piliers de la gastronomie Niçoise. C’est une galette composée de farine de pois chiches, d'eau, d'huile d'olive, sel fin et poivre du moulin. Elle est cuite au four ( à bois de préférence), et se déguste chaude, si possible juste à la sortie du four, souvent accompagnée de poivre et sans l'aide de couverts. Et avec de tels ingrédients, croyez moi ça tient au corps une grande partie de la journée.
Une dernière petite rue du vieux Nice, la rue du Pontin. Cette rue, d’après Seguran (Victor Emanuel), s’appelle ainsi car elle menait à un « pouòntin » assemblage précaire de planches servant à traverser le Paillon en dehors des grands ponts, vraisemblablement à la hauteur de l’actuel square Général Leclerc. Pendant la Révolution elle s’est appelée rue du Repos.
Sortons des ruelles du vieux Nice pour nous rapprocher de la mer avec la place Charles Felix, situé au bout du cours Saleya :
Un des superbes immeubles de la place Charles Felix :
Les façades multicolores du cours Saleya :
Détail d’une façade du cours Saleya
La relation de Nice à la mer a longtemps été purement utilitaire et souvent empreinte de crainte. Cette crainte, outre la violence et la soudaineté des tempêtes en Méditerranée, repose aussi beaucoup sur l’omniprésence des corsaires, qu’ils soient chrétiens ou barbaresques. Elle a engendré dès le 14° sc la construction d’une muraille le long de la partie côtière de la ville (c’est à dire de l’actuel Vieux-Nice), percée d’une seule porte, la Porte marine. Le 18e sc voit se conjuguer plusieurs faits qui vont soudainement ouvrir la ville sur la mer dont la destruction des murailles par l’armée de Louis XIV en 1706. Par la suite, un dispositif de terrasse est imaginé le long du bord de mer. Il s’agit d’une promenade surélevée parallèle au Cours et qui succède au rempart. En 1731, la ville impose à cet endroit la construction d’un corps de bâtiment longiligne et régulièrement couvert par une terrasse continue.
La Porte Marine : jusqu'au percement de la porte Charles-Félix, cette porte, identifiée depuis le Moyen-Age, fut la seule à donner accès au rivage conduisant au port Lympia, d'abord à travers la muraille, puis au-dessous de la Terrasse Vieille.
La Porte Charles Felix :
Nous voilà maintenant sortis du vieux Nice, et le long de la mer, sur le quai des Etats Unis. C’est le Conseil municipal, sur proposition du général Goiran, maire de Nice, qui en 1917 décida de l’appeler quai des États-Unis pour saluer l’entrée en guerre aux côtés des Alliés de cepays.
Enfin rappelons que ce quai des États-Unis était de temps immémorial le port d’attache des pêcheurs niçois qui tiraient leur barque sur la grève à l’aide de treuils, il en subsiste un d’ailleurs, ou sur le trottoir grâce à des plans inclinés qui existent encore et qui mettaient leurs filets à sécher le long du trottoir.