En déplacement professionnel dans le sud Jura, j’ai découvert au détour d’une petite route, un lieu superbe : les Salines royales d’Arc et Senans. C’est un ensemble de bâtiment du 18° sc, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Je n’ai malheureusement eu que très peu de temps pour visiter, mais je vais vous en faire découvrir le plus principal en photo, et avec le plus d'informations possibles.
Manufacture royale du XVIIIe siècle, la Saline d'Arc et Senans fut conçue par le célèbre architecte visionnaire, Claude-Nicolas Ledoux, c’est un témoignage unique dans l'histoire de l'architecture industrielle. En voilà une vue aérienne ( trouvée sur le site officielle de la Saline), ça vous donne une idée du gigantisme des lieux.
La saline royale d'Arc-et-Senans située sur la commune d'Arc-et-Senans (Doubs), elle avait pour but la production de sel, et devait remplacer les salines vieillissantes de Salins-les-Bains et de Lons-le-Saunier. Voilà ce que l’on découvre de la route, c’est le « bâtiment des gardes ». Ce bâtiment, par lequel on accède à la Saline encore aujourd’hui, était la seule entrée possible pour tous les hommes et les matières premières. Tous ceux qui entraient et sortaient étaient soigneusement contrôlés par les gardes de l’usine et toute fraude, toute contrebande, réprimée très durement.
À cette époque, le sel était utilisé pour la conservation de certains aliments comme la viande ou le poisson. C'était donc à ce titre une denrée relativement essentielle. Un impôt était basé sur sa consommation, la gabelle, et était perçu par la ferme générale. La Franche-Comté était une région relativement riche en gisements de sel gemme dans son sous-sol. En conséquence, on trouvait de nombreux puits salés dont on extrayait le sel par ébullition dans des chaudières chauffées au bois.
A l’extérieur, l'entrée est l’aboutissement de la grande avenue rectiligne qui débute à la rivière, "allée royale", créée au XVIIIème siècle. Cette arrivée étonne par son porche très ornementé: une fausse grotte protégée par 8 colonnes doriques, simples, lisses et sans base.
Une fois passée la lourde grille en fer forgée, on découvre face à soit, la « maison du directeur » et de chaque côté deux bâtiments appelés « berne ».
Les bernes : c’est à l’intérieur de ces bâtiments que s’opérait le processus d’évaporation de l’eau salée. D’une longueur de près de 80 mètres, chaque bernes accueillait 4 bassins en fer qui étaient chauffés pour permettre à l’eau de s’évaporer. De nos jours, les bernes sont de vastes espaces dédiés aux manifestations.
La tonnellerie accueille le musée dédié à l’architecteClaude-Nicolas Ledoux, et de très nombreuses maquettes de ses réalisations (concrétisées ou non) y sont exposées.
Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806), en 1773, a 37 ans. C'est un architecte reconnu qui connaît le succès. Il est le protégé de la du Barry, maîtresse du roi Louis XV: trois ans plus tôt, il a dessiné pour elle un pavillon à Louveciennes, reçu à l'Académie royale, il est architecte officiel du roi.
Le programme de la manufacture est très précis: il prévoit les bâtiments pour produire au moins soixante mille quintaux de sel par an: bernes, étuves, réservoirs d'eau, magasins, bâtiments de graduation, canaux, machines hydrauliques et bien sûr un saumoduc ainsi que des logements d'employés et d'ouvriers. A ce programme traditionnel, l'administration royale va demander en 1774 d'ajouter une maison pour le directeur et sa famille, un logement pour le fermier général, des logements pour ses députés, une salle d'audience, un greffe et une prison.
A l’extrémité Ouest du diamètre, le bâtiment des Commis était réservé à l’administration de la Saline pour les commis, les contremaîtres, les surveillants des travaux. A l'extrémité Est, un bâtiment identique occupé par la Ferme Générale: la Gabelle, les bureaux de l'administration fiscale. Toute quantité de sel qui sortait de la Saline était sous leur contrôle. Ce sel était "gabellé".
Ce qui décidera du choix du site pour l’implantation d’une nouvelle Manufacture Royale, entre les hameaux étirés d’Arc et de Senans, c’est la proximité de l’inépuisable réserve de combustible ( le bois de 22 000 hectares, de la forêt royale de Chaux) , quelques grands axes de circulation déjà tracés et les grands vents tournoyants qui balaient régulièrement la plaine depuis le Val d’Amour, entre Loue et Forêt de Chaux.
Un symbole omni présents sur tous les bâtiments : celui du sel gemme, et dela saumure qui s’écoule des urnes renversées :
Dans chacune des bernes, 4 poêles suspendues à des poutres transversales et placées au-dessus des fourneaux chargés du bois de la Forêt de Chaux (environ 15 000 stères par an pour cet usage), laissaient évaporer la saumure selon une procédure bien gérée, un temps de cuisson bien adapté, une manipulation délicate et un travail exténuant pour les ouvriers.
Chacune des bernes comporte en façade un avant corps central en triple ouverture. Le fronton du portique éclairé par deux fenêtres accueillait le logement de l'inspecteur des poêles, chargé de contrôler la gestion de la saumure.
Cruciforme, ce bâtiment du directeur est le point le plus fort de la composition. Il atteste de la puissance, du pouvoir, de l’autorité des commanditaires.
Son portique, composé de rares colonnes doriques (6) dites "à bossages", des tambours cubiques et cylindriques alternés, est surmonté d'un fronton triangulaire percé d'un oculus, oeil symbolique et omniscient, de la connaissance, de la surveillance. L'effet dominant de l'édifice est encore accentué par le lanternon qui surélève la toiture.
Le chantier et la construction de la saline sont mal renseignés par les archives. L'acquisition des terrains et les terrassements se firent peu de temps après.
La première pierre fut posée lors d'une cérémonie le 15 avril 1775, jour du samedi saint et les travaux se poursuivirent jusqu'en 1779. Ceci indiquait donc, comme le veut la coutume, que le gros œuvre et les fondations étaient déjà établies. Le gros œuvre fut rapidement réalisé, et les premiers essais de fabrication commencèrent dès l'automne 1778, malgré le fait que certains intérieurs ne soient pas totalement terminés. L’exploitation de la saline commença en 1779.
Après la suppression par la Révolution, d’abord de la Ferme Générale puis de la Gabelle (1793), la Saline deviendra "bien de l’Etat" et confiée à des régisseurs. Entre la fin du XVIIIème et la fin du XIXème siècle, la Saline sera louée plusieurs fois, rachetée, notamment par la société des Salines de l’Est.
Malgré quelques tentatives de développement, on tentera, sans succès, d’introduire la houille en remplacement du bois; la Saline cessera définitivement son activité en 1895, dépassée par la concurrence des salines de l’Est et des marais salants.
En 1923, les Beaux-Arts émettent le vœu de voir classés aux monuments historiques de la région le pavillon central et le portail d'entrée. Après une longue instruction, une décision favorable est rendue le 30 novembre 1926[par la commission des Monuments. La société des Salines de l'Est, alors à l'époque propriétaire de la saline, ne voit pas d'un bon œil cette proposition. Le 29 avril 1926, une partie des bâtiments sera dynamitée. En sus, de nombreux arbres séculaires de l'esplanade furent rasés.
Après le rachat de la Saline en 1926 par le département du Doubs et un premier classement au patrimoine des Monuments Historiques, plusieurs grandes périodes de restauration entre les années 1930 et 1990 seront nécessaires à la remise en état des lieux. L'ensemble sera classé en 1983 au Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'UNESCO.